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Le manque d’information fait peur aux femmes béninoises

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L’accouchement par césarienne se développe au Bénin. Mais, bien que cette opération sauve, les populations en ont peur, par manque d’information. Le quotidien « Fraternité » soulève ce problème, tout en expliquant aux béninoises dans quels cas une césarienne est nécessaire, comment on l’opère, et quels en sont les conséquences


ACCOUCHEMENT PAR CESARIENNE AU BENIN

Causes de la baisse du taux de fréquentation dans les maternités

Accoucher par voie naturelle est le souhait des femmes. Mais il est fréquent de remarquer qu’aujourd’hui dans nos maternités, beaucoup de cas de césarienne interviennent pour sauver les femmes sur la table d’accouchement. Les populations n’apprécient guère cette pratique qui constitue pour elles de mauvais souvenirs. Comment se pratique-t-elle, quand et pourquoi décide-t-on de pratiquer une césarienne et quelles sont les conséquences qu’elle peut avoir sur la santé de la femme ?

Les femmes à terme de grossesse ont peur d’aller accoucher ces derniers jours dans les grandes maternités comme la Cugo et la maternité lagune de Cotonou, parce qu’elles craignent des césariennes. C’est du mois les résultats d’une enquête faite sur un échantillon de 100 femmes habitant Cotonou, Abomey-Calavi, et Godomey. Elles sont au nombre de 12 à accepter aller dans ces formations sanitaires. Cinq reconnaissent que les agents en service en ces lieux pratiquent beaucoup la césarienne. Soixante refusent d’aller accoucher à la Cugo et à la maternité lagune parce qu’elles ont peur du bistouri. Mais à la Cugo et à la maternité lagune, la césarienne sauve la femme et l’enfant. Pour elles, c’est une grave erreur de penser que cette pratique est mortelle. Par contre, beaucoup de femmes européennes préfèrent aujourd’hui accoucher par césarienne que par voie naturelle a affirmé Corine, sage-femme à la maternité lagune de Cotonou. Diane Gbèmavo, vendeuse de tissu à Dantokpa, le troisième geste, déclare :  » Sur les trois accouchements que j’ai faits à la Cugo à Cotonou, j’ai subi trois opérations. J’ai dû raccrocher pour éviter des blessures de couteau. Je ne sais pas pourquoi les agents de santé dans ces unités sanitaires ne laissent pas les femmes accoucher par voie naturelle. La césarienne est devenue aujourd’hui la mode dans ces centres de santé. Cette pratique fait que beaucoup de femmes fuient les maternités. Les autorités en charge du département de la santé dans notre pays doivent revoir les choses ».

  • En quoi consiste la césarienne ?

La césarienne est l’opération qui permet d’accoucher autrement que par les voies naturelles. Son nom vient de César, qui serait, dit-on, né ainsi. Son pourcentage représente aujourd’hui près de 15% des naissances dans nos formations sanitaires. L’incision est transversale, au ras des poils pubiens. Après avoir incisé la peau, la graisse et le tissu qui recouvrent les muscles de l’abdomen, on écarte ceux-ci avant d’ouvrir le péritoine (tissus qui protège les viscères). On ouvre l’utérus sur une dizaine de centimètres. On incise les membranes et on extrait l’enfant, que l’on prend par la tête ou les pieds, selon sa position. On coupe vite le cordon ombilical et on confie le bébé à la sage-femme pour les premiers soins. On décolle le placenta en vérifiant qu’il n’en reste pas et on passe son doigt vers le vagin afin de permettre au sang de s’écouler. On referme l’utérus avec du fil qui va se résorber en deux à trois semaines, le temps de la cicatrisation. Après avoir nettoyé le ventre, on recoud de la profondeur vers la superficie tous les tissus ouverts. Sur la peau, on place des agraphes, des fils qu’il faudra enlever, ou bien un surjet avec un fil qui se dissoudra. L’anesthésie est générale ou péridurale, ce qui permet à la maman de participer à la naissance. Ensuite, surveillance pendant cinq à six jours à l’hôpital pour prévenir et dépister les complications possibles (hémorragie, infection, trouble de la coagulation). La convalescence demandera deux à trois semaines. On attendra un an avant de mettre en route une nouvelle grossesse.

  • Le corps médical décide de la césarienne pour cause

Une césarienne est programmée si on repère une hypertension importante, un diabète, une maladie grave ; un diamètre de bassin trop petit par rapport à la tête du bébé. La mesure est faite par radiographie (pelvimétrie) ; un placenta placé trop près du col ou qui en obstrue l’ouverture (placenta praevia). Dans ce cas, des risques de saignements importants sont possibles, ou même un décollement prématuré du placenta. Elle peut être envisagée en cours d’accouchement si ne césarienne a déjà été pratiquée et qu’un risque de déchirure des parois semble possible. Le bébé se présente par le siège ; ce sont des jumeaux ; la maman est très petite (moins de 1,50 m) ; le bassin est trop étroit par rapport au volume fœtal et n’a pas été mesuré auparavant. Elle est indispensable si le col ne se dilate pas ou si, au bout de deux heures, la dilatation n’a pas progressé (elle est encore plus justifiée si on constate un ralentissement ou une chute du rythme cardiaque du bébé) ; le cordon ombilical pend à l’extérieur et risque d’être comprimé lors du passage de la tête du bébé : un manque d’oxygène peut alors survenir ; on constate une souffrance fœtale brutale.

  • Combien de temps faut-il pour se remettre d’une césarienne ?

Plus longtemps que pour un accouchement par voie basse puisqu’il s’agit d’une véritable opération chirurgicale. En règle générale, vingt à trente jours sont nécessaires. On se lève assez rapidement, généralement dans les vingt-quatre heures qui suivent l’intervention. Au début, on peut éprouver quelques difficultés à marcher. Si le ventre est très douloureux, un produit dérivé de la morphine est administré pendant quarante-huit heures. Le séjour à la maternité dure un peu plus que pour un accouchement normal : en principe, six jours au lieu de quatre.

  • La naissance par césarienne peut-elle modifier le premier contact mère – enfant ?

Quand la césarienne était pratiquée sous anesthésie générale, la relation avec le bébé pouvait en effet mettre plus de temps à s’installer : les jeunes mères se réveillaient avec une violente douleur dans le bas-ventre et elles trouvaient à leurs côtés un bébé tout habillé qu’elles n’avaient pas vu naître. Partagées entre la frustration et la culpabilité de n’avoir pas réussi à faire leur enfant « comme tout le monde », il leur manquait le premier corps à corps avec le nouveau-né. Aujourd’hui en Occident, la plupart des césariennes sont effectuées sous péridurale. Le papa est même autorisé à assister à l’accouchement et, normalement, le médecin parle avec la maman tandis qu’il opère. Puis l’enfant est posé sur sa mère, qui est parfaitement consciente, et elle peut même le mettre au sein pendant que le médecin la recoud. Ainsi, elle assiste vraiment à la naissance. Par ailleurs, on maintient le cathéter qui a servi à la péridurale pendant quelques heures, pour que la maman ne ressente pas les douleurs qui, avant, succédaient à l’opération. Bien sûr, malgré ces progrès, la césarienne reste une intervention qui peut être considérée comme un échec par la jeune maman. Si la préparation à la naissance proposait une séance spéciale sur ce thème, cela serait sans doute beaucoup mieux vécu.

  • Une césarienne empêche-t-elle d’accoucher ensuite par les voies naturelles ?

Tout dépend de la raison de la césarienne. Une femme dont le bassin est trop étroit ne pourra jamais accoucher de cette façon. En revanche, si, lors du précédent accouchement, la césarienne a été décidée pour cause de souffrance fœtale par exemple, elle ne se justifiera pas au suivant à partir du moment où tout se passe bien. Toutefois, l’obstétricien doit apprécier la capacité de l’utérus à soutenir les contractions de l’accouchement. En outre, il doit aussi s’assurer que la cicatrice utérine de la première césarienne est suffisamment solide pour ne pas induire un risque de déchirure.

  • La péridurale augmente-t-elle le risque de césarienne et d’utilisation des forceps ?

C’était le cas lors des premières péridurales puisque les produits étaient plus fortement dosés. A l’époque, les gynécologues-obstétriciens étaient donc parfois contraints de recourir à une césarienne ou d’utiliser les forceps car la future maman était incapable de pousser de manière efficace. Ce n’est plus le cas actuellement, le dosage des anesthésiques locaux étant beaucoup plus faible.

  • Que faire en cas de siège ?

Même dans ce cas, on peut accoucher par les voies naturelles. A certaines conditions toutefois le fœtus doit peser moins de 4 kg, le bassin de la mère doit être suffisamment large pour laisser passer la tête du bébé impérativement en position fléchie et la future maman doit donner son « consentement éclairé » (après avoir reçu de la part de l’équipe médicale toutes les informations sur le déroulement de l’accouchement). C’est par une radiopelvimétrie que le médecin s’assurera des dimensions du bassin maternel. Néanmoins, c’est vrai, dans certains établissements, une césarienne est systématiquement pratiquée lorsque le bébé se présente par le siège.

  • Une sensibilisation s’impose

Les autorités en charge de la santé dans notre pays doivent organiser des séances de sensibilisation dans les différentes maternités de notre pays afin de montrer à la femme que la césarienne n’est pas mauvaise en soi. Ceci doit se faire lors des consultations des femmes en état pour le suivi de leur grossesse. Des journées portes ouvertes peuvent être initiées afin d’éclairer ces dernières sur le bien-fondé de la chose.

Publié le 6 juillet 2005 par Léandre ADOMOU

site de « Fraternité »

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