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Association Vidome – Une maternité pour Kokoro

Les enfants-sorciers

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La pratique de l’infanticide reste très répandue dans le pays, notamment chez les ethnies baatonous, bokos et peuls du nord-Bénin. Pour ces peuples, les nourrissons dont la naissance ou le développement n’obéit pas à certaines « normes tribales » sont maudits et doivent être sacrifiés.

Et il en faut peu pour que l’enfant soit condamné à mort : il suffit qu’il se présente par les pieds, l’épaule ou le siège, voire par la tête, le visage face au sol. De même, l’enfant sera condamné si sa mère meurt en couche, s’il ne fait pas ses dents avant l’âge de huit mois, ou si sa première dent apparaît sur la mâchoire supérieure.

Les enfants ainsi stigmatisés sont alors confiés à un « réparateur ». Celui-ci attache une corde autour des chevilles de l’enfant et le tourne plusieurs fois autour d’un arbre avant de fracasser le crâne du nourrisson contre le tronc de l’arbre. Le réparateur peut également noyer l’enfant ou l’empoisonner afin d’exorciser le mal que celui-ci apporte sur la terre. Dans certains cas, les pauvres victimes peuvent être tout simplement abandonnées dans la brousse et finiront par mourir dévorées par une bête sauvage… Plus rarement trouvées et sauvées par une âme charitable.

La jeune Salomé, dormant devant sa case

Il existe une ONG béninoise, Espoir Lutte contre l’Infanticide au Bénin (ELIB) de l’abbé Sika qui lutte pour l’abolition des sacrifices de bébés « sorciers » et prend en charge les nourrissons abandonnés… Une trentaine d’enfants sont actuellement hébergés par cette ONG. ELIB exhorte le gouvernement béninois à mettre en place des lois, afin de protéger les enfants menacés et de punir les personnes coupables d’infanticides.

L’abbé a notamment observé que depuis la construction, il y a deux ans, d’une maternité à Sékoudougou, un village proche de Kouandé, plus de 300 bébés « sorciers » ont été épargnés par la population locale. Mais au Bénin, pays de 6,5 millions d’habitants, très touché par la pauvreté, les associations de protection de l’enfant savent bien qu’elles ont encore du pain sur la planche.

Les enfants qui, par miracle, sont sauvés et qui continuent de vivre dans leur milieu social sont à jamais traumatisés et marqués d’un sentiment paradoxal de culpabilité. Leur intégration est difficile. Ils sont toujours poursuivis et une menace de mort pèse continuellement sur eux lorsqu’un malheur survient dans leur famille.

L’infanticide rituel est loin d’être éradiqué. Malgré les campagnes d’information et de sensibilisation menées par les organisations de protection de l’enfant, de nombreuses communautés rurales du nord du Bénin perpétuent cette pratique en toute impunité. Il faut cependant relativiser ce phénomène. Il est vrai que ces pratiques ont existé et existent encore aujourd’hui, mais nettement moins que par le passé. La sorcellerie et l’infanticide sont des pratiques en voie de disparition au Bénin. Ce qui n’est pas le cas des mutilations génitales féminines qui persistent encore dans ce pays d’Afrique de l’Ouest…

[Source: IRIN (Agence de presse des Nations Unies)]

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