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Liberté de la presse au Bénin – Rapport annuel 2007

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Reporters Sans Frontières (logo)Mépriser les journalistes et les traités que l’on a signés, telle a été la constante de nombreux Etats africains en 2006. Cependant, depuis plusieurs années, le Bénin est considéré comme l’un des exemples de démocratie moderne en l’Afrique de l’Ouest, garantissant une liberté de la presse satisfaisante, malgré la pauvreté. L’année 2006 ayant été une année d’élection présidentielle, il existait un risque de voir le pays tomber dans les travers classiques des pays émergents déstabilisés par la violence politique. Or, il n’en a rien été, et ce pour le bénéfice de tous, notamment des journalistes.

L’arrivée à la tête de l’Etat de Boni Yayi, un technicien, et non un baron de la politique, s’est faite dans le respect des règles démocratiques. Fait original, les problèmes étaient ailleurs que dans le déséquilibre flagrant du temps d’antenne accordé aux différents candidats ou les appels à la violence des publications partisanes. Avant et pendant la campagne électorale, des publications irrégulières, dirigées par des journalistes improvisés, ont fait florès à Cotonou. Elles se sont parfois mises au service des intérêts d’un homme politique ou d’un homme d’influence. Certes, ce type de pratique douteuse est fréquent en Afrique et l’impact sur la campagne a été minime. Mais une fois la période électorale terminée, ces publications ont continué à paraître et se sont mises au service d’autres généreux donneurs d’ordre. Et le nouveau gouvernement, décidé à « faire le ménage » dans cet embrouillamini de « feuilles de chou », n’a pas hésité à utiliser la loi. Laquelle n’était plus strictement appliquée depuis 2004 et prévoit encore des peines de prison pour les délits de presse.

Recours aux incarcérations

Journaux béninois, presse béninoiseAinsi, Virgile Linkpon et Richard Couao-Zotti, respectivement directeur de publication et directeur de la rédaction du journal à parution irrégulière La Diaspora de Sabbat, connu pour ses dérives sensationnalistes, ont été arrêtés le 15 septembre. Les deux journalistes étaient poursuivis suite à la publication, la veille, d’un article intitulé : « Mauvais vent dans l’entourage du chef de l’Etat : le fils aîné de Boni Yayi en état de démence ». De son côté, Cyrille Saïzonou, directeur de publication du quotidien Djakpata, a été arrêté par la police judiciaire le 18 septembre. Il a été interrogé pendant 24 heures sur la publication, le 20 juin 2006, de plusieurs articles sur de prétendues malversations au sein de la police nationale. Tous trois ont été relâchés le 19 septembre, après avoir été entendus, puis relaxés, par le procureur de la République. En revanche, Clément Adéchian et Cécil Adjévi, respectivement directeur de publication et rédacteur en chef du quotidien L’Informateur, ont été condamnés le 1er décembre à six mois de prison ferme et 500 000 francs CFA (752 euros) d’amende, pour « diffamation ». Ils étaient poursuivis suite à la plainte d’un huissier de justice, accusé de viol, sans preuves, dans un numéro de L’Informateur.

Reporters sans frontières a expliqué au gouvernement béninois, comme elle le fait avec tous les Etats qui maintiennent des législations liberticides, que ces incarcérations n’ont apporté aucune réponse juste et adaptée aux fautes journalistiques. Au contraire, elles ont représenté un réel danger pour la démocratie. D’une part, elles ont brisé la règle qui prévalait jusqu’ici au Bénin, suspendant de fait, depuis deux ans, toutes les incarcérations de journalistes. En l’absence d’une réelle dépénalisation, ce moratoire avait au moins permis de renouer des relations positives entre les autorités et la presse. D’autre part, Reporters sans frontières a estimé que court-circuiter les organes de régulation des médias, malgré le bon travail qu’ils avaient fourni ces dernières années, c’était prendre le risque de les dépouiller de tout pouvoir. Or, si les journaux peuvent commettre des fautes, dans une démocratie, la régulation de la presse ne peut pas être laissée à la police. Enfin, elles ont donné une tonalité politique à des affaires qui ne devraient relever que du strict domaine de la justice civile.

[Source: Reporters sans frontières]

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