Le Bénin veut renforcer sa place parmi les destinations de tourisme mémoriel en Afrique de l’Ouest. Le pays dispose notamment de la Porte du non-retour à Ouidah, site associé à l’histoire de la traite négrière et aux départs forcés de personnes déportées vers les Amériques. Mais, selon Oluwafèmi Kochoni, fondateur de Heritage and Routes et spécialiste des opérations touristiques et de croisière, le Ghana conserve une avance auprès d’une partie de la diaspora.
Le professionnel, qui accompagne depuis quinze ans des visiteurs venus des États-Unis, du Brésil, des Caraïbes, d’Europe et d’Asie, connaît les circuits reliant le Ghana, le Togo, le Bénin et la Côte d’Ivoire. Son activité consiste notamment à veiller aux conditions concrètes du séjour de groupes de touristes pris en charge pour deux voyagistes américains. Cette expérience lui permet d’observer les attentes d’une clientèle internationale et les écarts de prestation entre les différentes étapes d’un voyage en Afrique de l’Ouest.
Une clientèle aux exigences particulières
Dans son analyse, Oluwafèmi Kochoni distingue le touriste afro-américain, issu des États-Unis, de l’Amérique anglophone ou des Caraïbes, des autres catégories de voyageurs. Il estime que cette clientèle ne vient pas seulement découvrir un territoire. Elle recherche aussi un lien avec une histoire et un patrimoine qui font écho à son identité. Pour le professionnel, cette attente impose aux acteurs locaux de renforcer la qualité de l’accueil et des services.
« Le voyageur qui s’adapte à tout est très agréable à accompagner, mais il ne change rien au pays. L’Afro-Américain, lui, oblige le pays à monter. »
Oluwafèmi Kochoni explique que les voyageurs afro-américains arrivent avec une motivation précise, dépensent davantage et se montrent particulièrement attentifs à l’organisation de leur séjour. Leur expérience ne se limite donc pas à la visite d’un monument. Elle dépend aussi de la régularité des services fournis pendant tout le circuit, depuis le transport jusqu’à l’hébergement et la restauration.
La qualité de l’ensemble du circuit en question
Pour ce directeur de tour, l’accompagnement d’un groupe suppose de contrôler chaque maillon du voyage. Il cite notamment l’état de propreté du véhicule, la qualité des repas et les conditions d’hébergement. Il considère que la satisfaction des visiteurs repose sur cette continuité de service, autant que sur la valeur historique des sites visités.
« Il vient pour une raison, laisse plus d’argent, et est très exigeant. »
Cette exigence concerne également les équipements utilisés pendant les déplacements. Dans l’entretien accordé à Banouto, le professionnel évoque notamment le fonctionnement de l’eau chaude et la climatisation des autobus. La qualité de ces services devient ainsi un élément de l’expérience mémorielle proposée aux visiteurs et un facteur de comparaison entre les destinations de la sous-région.
Le Ghana demeure le principal point d’entrée
Le constat présenté est résumé par une formule : la Porte du non-retour se trouve au Bénin, mais une partie de la diaspora commence son parcours régional au Ghana. Cette situation souligne le rôle de l’itinéraire complet dans le choix d’une destination. Le patrimoine béninois ne suffit pas, à lui seul, à garantir une fréquentation importante si les visiteurs privilégient un autre pays pour leur arrivée, leur hébergement ou l’organisation de leur circuit.
Le Bénin ambitionne donc de devenir une destination mémorielle de premier plan, dans un espace ouest-africain où plusieurs pays sont liés à l’histoire de la traite négrière. Le témoignage d’Oluwafèmi Kochoni met l’accent sur un enjeu pratique : au-delà de la mise en valeur des lieux de mémoire, l’attractivité dépend aussi de la capacité des professionnels à proposer des prestations régulières, adaptées aux attentes des voyageurs internationaux et cohérentes sur l’ensemble du séjour.